[49] hiver 2023-2024
Journal d’hiver
[49] pages 4-5
Antoine Jaccoud, Daniel de Roulet, Jérôme Stettler
De Thysville à Mbanza-Ngungu
[49] pages 6-11

Autrefois, une voie de chemin de fer reliait Kinshasa à Matadi, ville portuaire près de l’embouchure du fleuve Congo. En suivant les rails désaffectés, à mi-chemin, on traverse une localité qui était devenu pour Annemarie Schwarzenbach «quelque chose comme un paradis terrestre», et où elle écrivit son troisième livre, Le miracle de l’arbre.
Jürg Schneider
Le voyage du Salem
[49] pages 12-13

J’ai découvert l’histoire du Salem dans l’échoppe d’un bouquiniste de Dhaka, sous une pile de classiques anglais. Un livre de poche aux pages cornées, un recueil d’affaires criminelles qui n’avaient jamais été résolues mais qui avaient toutes eu lieu, selon la quatrième de couverture, dans la vie réelle. «Le Mystère du Salem» y côtoyait des titres empreints d’une inquiétante poésie tels «L’Anomalie de l’autoroute», «Lizzie et la hache» ou «Le Vicaire et la maîtresse de chant» – malgré leurs intitulés aguicheurs, je ne me souviens pas d’avoir lu ces histoires-là, ou sans doute les ai-je lues aussi vite que je les ai oubliées. Dans cette marée de faits divers, seule l’aventure du Salem s’est maintenue à flot. Elle a hanté mon imagination. (…)

> Le voyage du Salem (Actes Sud)
Pascal Janovjak
 
Un dimanche à la montagne, suite
[49] page 13

En 1975, la guerre du Vietnam avait causé plus de trois millions de morts, quand un jeune homme de 30 ans incendiait un chalet en haut d’une montagne suisse. Il s’assurait que l’endroit était vide. Il s’en prenait à un objet symbolique, propriété d’un patron de la presse allemande, boycotté par tous les écrivains et intellectuels de son pays. En 2006, quand Un dimanche à la montagne a été publié, les faits étaient prescrits depuis 1985. L’auteur parvenait à peine à les digérer. Mais d’autres avaient des estomacs plus paresseux encore pour qui ce passé ne passait pas. L’épisode d’un chalet alpestre incendié était indigeste, le chalet étant le refuge dont rêve chaque Suissesse et chaque Suisse. (…)

Postface à la réédition en poche
> Un dimanche à la montagne (Libretto)
Daniel de Roulet
Famille décadrée
[49] pages 14-15

«Ce fut une période assez intense et exigeante pour nous deux, mais nous nous sommes aussi rapprochées plus que jamais et, pour moi, ce fut un tournant décisif dans notre relation», dit Aslı Özçelik. Cosigné à la main par la photographe et sa mère, Sıhhatler olsun. Annem için est un album de famille intime dont on est invité à franchir le seuil.
Jean Perret
Poser son regard
[49] pages 17-19

Le cinéma taïwanais contemporain est en pleine ébullition, marqué récemment par une série de succès sans précédent dans les salles du pays. Black Movie s’est depuis longtemps penché sur les cinématographies indépendantes de cette île, et surtout sur le travail de son plus sensible et atypique réalisateur contemporain, Tsai Ming-Liang. Pour sa 25e édition, le festival genevois lui rend hommage avec une rétrospective sélective doublée d’une exposition. Il propose aussi une sélection de films sur une thématique qui a jalonné l’histoire cinématographique de Taïwan: la famille.
Bastian Meiresonne
Le Capitole, une histoire du cinéma
[49] pages 21-27

Construit en 1928, transformé dans les années 1950 et miraculeusement préservé, le cinéma Capitole fait peau neuve. Retour sur les grandes heures d’une salle lausannoise mythique promise à un bel avenir.
Christophe Bolli
Un tourbillon de langues
[49] pages 29-32

L’été 2023, à Manille, un cyclone chassait l’autre. Ils portaient chacun deux noms. Le typhon le plus véhément s’appelait Doksuri à l’international, mais Egay pour les locaux car les météorologues philippins renomment toutes les tempêtes. Leur institut se nomme PAGASA, Philippine Atmospheric Geophysical and Astronomical Services Administration. Ce qui dans la langue locale, le tagalog, signifie aussi espoir, pag-asa.
Ezra Acayan, Annette Hug
 
Traduire un poème, mission impossible?
[49] pages 33-35

Invitée par le Centre de traduction littéraire de Lausanne dans le cadre du programme Gilbert Musy, j’ai animé en mai 2023 une masterclasse sur la traduction de la poésie. Le but n’était pas d’aboutir à une traduction achevée, mais plutôt de séjourner à plusieurs dans cette région sauvage qu’est l’entre-deux-langues pour un échange qui, plus tard, nourrira les réflexions solitaires.
Marion Graf
 
Amitié et littérature
[49] page 36

Pour écrire ces quelques mots, je me suis tournée vers ma bibliothèque récemment reconstituée après un déménagement évidemment perturbant pour qui aime ranger ses livres. Avant même de relire tel poème ou de retrouver ce passage souligné qui, je le croyais, allait lancer la rédaction de quelques souvenirs, c’est l’écriture manuscrite de Monique Laederach en tête de quelques-uns de mes exemplaires qui m’a stoppée net. La singularité de sa calligraphie à la plume sur les pages de titre de J’habiterai mon nom, de La Partition, de Trop petits pour Dieu ou de L’Ombre où m’attire ta main, ses vœux «les plus chaleureux», ses marques répétées d’amitié – «vraiment beaucoup» –, son espoir que chez moi sa Poésie complète «ne prendra pas la poussière!»… Toutes ces traces d’elle imposaient sa présence personnelle et fantomatique au cœur des caractères d’imprimerie bien alignés. (…)

> La Revue de Belles-Lettres 2023, 2
Valérie Cossy, Monique Laederach
À force de répéter
[49] pages 37-39

Pour visiter l’exposition de Nicolas Muller au Musée Ariana, il faut d’abord traverser le parc, monter quelques marches, passer la porte et entrer dans le hall de ce palais meringué, cette folie architecturale qui aurait admirablement servi de décor pour Dallas ou Dynasty. Non mais cette coupole, ce sol miroitant, ces colonnes de marbre en tire-bouchon! Ensuite il faut descendre au sous-sol où, d’un coup de gomme, les œuvres de Nicolas Muller vont radicalement effacer cette débauche d’apparat.
Jérémie Gindre
 
Chronique
Jean-Louis Boissier, Yann Courtiau
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