[58] printemps 2026
Le méridien de Genève
[58] pages 7-9
Notre rapport au réel, et à notre espace-temps, est basé sur des conventions qui nous permettent de communiquer entre individus et entre régions du monde. Ainsi, les méridiens sont des lignes reliant les pôles qui nous permettent d’échanger sur nos observations des étoiles, mais aussi de prendre le train à la bonne heure. Des lignes essentielles pour que nos sociétés fonctionnent et pourtant tout à fait imaginaires. Ou quand la science est un peu magique… Fabrice Argounès donne ici quelques éléments de sa conférence prévue à Genève au Musée d’histoire des sciences pendant Histoire et Cité. Un festival romand qui cette année n’est que magie.
Notre rapport au réel, et à notre espace-temps, est basé sur des conventions qui nous permettent de communiquer entre individus et entre régions du monde. Ainsi, les méridiens sont des lignes reliant les pôles qui nous permettent d’échanger sur nos observations des étoiles, mais aussi de prendre le train à la bonne heure. Des lignes essentielles pour que nos sociétés fonctionnent et pourtant tout à fait imaginaires. Ou quand la science est un peu magique… Fabrice Argounès donne ici quelques éléments de sa conférence prévue à Genève au Musée d’histoire des sciences pendant Histoire et Cité. Un festival romand qui cette année n’est que magie.
Dürrenmatt, la Suisse et la poésie
[58] pages 10-11
Depuis 2022, Alexandre Pateau poursuit un vaste chantier de retraduction des œuvres de Friedrich Dürrenmatt. Après avoir exhumé, dans le numéro d’automne 2025 de La Couleur des jours, un poème inédit en français, il se fait ici le passeur de quelques perles noires. Et présente un extrait de Justice, dont sa traduction paraît ce printemps.
Depuis 2022, Alexandre Pateau poursuit un vaste chantier de retraduction des œuvres de Friedrich Dürrenmatt. Après avoir exhumé, dans le numéro d’automne 2025 de La Couleur des jours, un poème inédit en français, il se fait ici le passeur de quelques perles noires. Et présente un extrait de Justice, dont sa traduction paraît ce printemps.
Un monde en liquidation
[58] pages 12-13
J’ai 6 ans, peut-être, et 20 mètres de glace au-dessus de la tête. La scène est nimbée d’un bleu irréel, presque jauni. À mes côtés, mon frère et ma sœur, fratrie en shorts courts, chandails passés à la hâte sur les habits de randonnée. Chacun serre entre ses mains un nounours et tente de sourire à l’objectif, l’aîné avec plus d’inquiétude que de joie, sans doute la laine qui gratte. La cadette tient aussi la hampe d’un petit drapeau suisse dont le rouge pend comme la langue des deux ours polaires à l’arrière-plan. Dans leur rictus se devine, entre les crocs acérés et la truffe de plastique, le regard las des étudiants payés à la saison pour devenir peluche. (…)
> Un monde en liquidation (Éditions La Baconnière)
> Un monde en liquidation (Éditions La Baconnière)
Les enfants! Des photos!
[58] pages 14-15
Dès 1866 et surtout dès les années 1920, et de façon plus significative encore à partir des années 1950, des photographes, écrivains, poètes, illustrateurs et autres graphistes et éditeurs s’adressent aux enfants. R comme regarder, Le livre photo jeunesse, ouvrage collectif, et Cent cinquante ans de photolittérature pour les enfants de Laurence Le Guen tricotent des histoires roboratives dans les mailles de l’histoire générale de la photographie.
Dès 1866 et surtout dès les années 1920, et de façon plus significative encore à partir des années 1950, des photographes, écrivains, poètes, illustrateurs et autres graphistes et éditeurs s’adressent aux enfants. R comme regarder, Le livre photo jeunesse, ouvrage collectif, et Cent cinquante ans de photolittérature pour les enfants de Laurence Le Guen tricotent des histoires roboratives dans les mailles de l’histoire générale de la photographie.
Face au numérique dominant
[58] pages 16-19
En 2025, l’Enquête photographique genevoise a été confiée à Fabien Scotti, à charge pour lui de rendre une série d’images sur le thème des «résistances». Il a choisi de mettre en valeur des attitudes, des pratiques, qui tendent à se distancer de l’emprise du numérique, ou du moins de ses formes les plus hégémoniques.
En 2025, l’Enquête photographique genevoise a été confiée à Fabien Scotti, à charge pour lui de rendre une série d’images sur le thème des «résistances». Il a choisi de mettre en valeur des attitudes, des pratiques, qui tendent à se distancer de l’emprise du numérique, ou du moins de ses formes les plus hégémoniques.
Un pavillon pour Simone Weil
[58] pages 21-25
À Genève, ce printemps, le Pavillon Sicli va porter le nom de la philosophe. Habituellement consacré aux arts du bâti, il se transformera en un monumental hommage collectif. Thomas Hirschhorn poursuit ainsi la pratique de «présence et production» qu’il a expérimentée avec la population du Bronx autour de la figure d’Antonio Gramsci ou avec celle de Bienne pour Robert Walser. Les explications d’une «co-opérante» sur le projet et les motivations de l’artiste.
À Genève, ce printemps, le Pavillon Sicli va porter le nom de la philosophe. Habituellement consacré aux arts du bâti, il se transformera en un monumental hommage collectif. Thomas Hirschhorn poursuit ainsi la pratique de «présence et production» qu’il a expérimentée avec la population du Bronx autour de la figure d’Antonio Gramsci ou avec celle de Bienne pour Robert Walser. Les explications d’une «co-opérante» sur le projet et les motivations de l’artiste.
Le mystère de la dame en noir
[58] pages 26-27
Le soir elle les prend sous le bras pour aller je ne sais où. Elle avance, déterminée. Petite, tassée dans ses fichus et ses longues robes, elle marche vite, un peu voûtée, le front lacéré de grandes cassures. La journée, elle est assise devant la banque, ou plutôt posée sur les cartons qui l’isolent du froid et de la saleté du trottoir. D’où vient-elle?
Le soir elle les prend sous le bras pour aller je ne sais où. Elle avance, déterminée. Petite, tassée dans ses fichus et ses longues robes, elle marche vite, un peu voûtée, le front lacéré de grandes cassures. La journée, elle est assise devant la banque, ou plutôt posée sur les cartons qui l’isolent du froid et de la saleté du trottoir. D’où vient-elle?
Le graphisme ou l’art d’accompagner
[58] pages 29-31
En ce début 2026, le Plaza Centre Cinéma devient une réalité de plus en plus tangible. En attendant l’ouverture de la Brasserie Europe avant l’été, puis celle de l’ensemble du centre début 2027, le projet prend vie par son identité graphique. Celle-ci a été développée, du futur site internet au papier à lettres, des affiches du cinéma aux menus du restaurant, par le bureau Schaffter Sahli. Vingt ans d’expérience en commun ont donné à ce duo un savoir-faire accoudé à quelques principes.
En ce début 2026, le Plaza Centre Cinéma devient une réalité de plus en plus tangible. En attendant l’ouverture de la Brasserie Europe avant l’été, puis celle de l’ensemble du centre début 2027, le projet prend vie par son identité graphique. Celle-ci a été développée, du futur site internet au papier à lettres, des affiches du cinéma aux menus du restaurant, par le bureau Schaffter Sahli. Vingt ans d’expérience en commun ont donné à ce duo un savoir-faire accoudé à quelques principes.
La Suisse au cinéma
[58] page 32
Les montagnes, la neutralité, la quiétude, la finance… La Suisse a pour elle cet imaginaire immédiatement identifiable, des caractéristiques puissantes qui permettent d’ancrer les récits. Cette façade, pourtant, ne demande qu’à être grattée. Car à travers les cent films qui peuplent ce livre se dessine un pays plus ambivalent, aussi rassurant qu’étouffant, trop impeccable pour ne pas être suspect. Une terre de cinéma idéale, qui exige que l’on dépasse la surface des images pour qu’elle livre ses secrets.
> La Suisse au cinéma (Éditions Helvetiq)
Les montagnes, la neutralité, la quiétude, la finance… La Suisse a pour elle cet imaginaire immédiatement identifiable, des caractéristiques puissantes qui permettent d’ancrer les récits. Cette façade, pourtant, ne demande qu’à être grattée. Car à travers les cent films qui peuplent ce livre se dessine un pays plus ambivalent, aussi rassurant qu’étouffant, trop impeccable pour ne pas être suspect. Une terre de cinéma idéale, qui exige que l’on dépasse la surface des images pour qu’elle livre ses secrets.
> La Suisse au cinéma (Éditions Helvetiq)
Le cinéma à l’air libre
[58] pages 33-35
Premier long métrage de Fabrice Aragno, primé au dernier Festival de Locarno, Le lac sort ce printemps en Suisse, notamment sur les rives de ce Léman qui en constitue (presque) l’unique et extraordinaire décor. Plongée saisissante dans l’eau, l’air et le vent, le film nous parle d’un couple qui s’éloigne, incarné par la comédienne Clotilde Courau (en navigatrice émérite) et le navigateur Bernard Stamm (en comédien émérite).
Premier long métrage de Fabrice Aragno, primé au dernier Festival de Locarno, Le lac sort ce printemps en Suisse, notamment sur les rives de ce Léman qui en constitue (presque) l’unique et extraordinaire décor. Plongée saisissante dans l’eau, l’air et le vent, le film nous parle d’un couple qui s’éloigne, incarné par la comédienne Clotilde Courau (en navigatrice émérite) et le navigateur Bernard Stamm (en comédien émérite).
Un ailleurs où s’inventer
[58] pages 36-37
J’adore avoir un carnet sans lignes. C’est comme si, là, sur la page encore vide, vierge, je pouvais aller n’importe où. Un libre choix, multiple et joyeux, qui m’empêche par ailleurs de créer l’esprit tranquille : une fois sur le papier, tout est figé. Figée l’idée exposée. Finie la performance dévoilée. Fichues la joie et l’effervescence qui me parcourent lorsque j’enfourche mon vélo, si je tente de les expliquer. Doit-on vraiment choisir entre la vie et l’écriture?
J’adore avoir un carnet sans lignes. C’est comme si, là, sur la page encore vide, vierge, je pouvais aller n’importe où. Un libre choix, multiple et joyeux, qui m’empêche par ailleurs de créer l’esprit tranquille : une fois sur le papier, tout est figé. Figée l’idée exposée. Finie la performance dévoilée. Fichues la joie et l’effervescence qui me parcourent lorsque j’enfourche mon vélo, si je tente de les expliquer. Doit-on vraiment choisir entre la vie et l’écriture?
Une autre Patricia Plattner
[58] pages 38-40
Le Mamco s’associe avec la Maison Saint-Gervais pour une exposition qui met en lumière la première décennie de création de la cinéaste genevoise.
Le Mamco s’associe avec la Maison Saint-Gervais pour une exposition qui met en lumière la première décennie de création de la cinéaste genevoise.
Vulnérabilités
[58] pages 41-47
Dans son sous-titre, l’édition 2026 des Journées photographiques de Bienne évoque la vulnérabilité comme bien commun. Elle affirme que ce qui, vécu dans la solitude, est faiblesse, peut se transformer dans la conscience d’une condition partagée. Et les images, par ce qu’elles dévoilent, par leur capacité à toucher, sont révélatrices de ces fragilités collectives, face aux crises multiples. Les trois séries auxquelles La Couleur des jours a choisi de faire écho témoignent de la diversité des approches artistiques qui seront exposées dans tout Bienne.
Dans son sous-titre, l’édition 2026 des Journées photographiques de Bienne évoque la vulnérabilité comme bien commun. Elle affirme que ce qui, vécu dans la solitude, est faiblesse, peut se transformer dans la conscience d’une condition partagée. Et les images, par ce qu’elles dévoilent, par leur capacité à toucher, sont révélatrices de ces fragilités collectives, face aux crises multiples. Les trois séries auxquelles La Couleur des jours a choisi de faire écho témoignent de la diversité des approches artistiques qui seront exposées dans tout Bienne.
Prix suisses de littérature
[58] pages 48-54
Le Grand Prix suisse de littérature 2026 va à Corinne Desarzens, qui sait si bien nous relier au monde par la saveur des mots, en français et dans les langues dont elle truffe ces récits. Elle a envoyé à La Couleur des jours les textes écrits à son retour d’un séjour à Oman cet hiver et nous avons le plaisir d’en publier des extraits. La cérémonie, qui aura lieu le 15 mai dans le cadre des Journées littéraires de Soleure, distinguera aussi Christian Viredaz, Prix spécial de traduction, passeur depuis l’italien des textes de Giorgio et Giovanni Orelli, Plinio Martini, Alberto Nessi, Aurelio Buletti, Remo Fasani ou encore Fabio Pusterla. Il a aussi traduit des auteurs germanophones comme Franz Hohler. Sept auteur·es reçoivent un Prix suisse de littérature pour une œuvre éditée au cours de l’année écoulée. Ces pages, publiées en partenariat avec l’Office fédéral de la culture, vous permettent de découvrir des extraits inédits en français des ouvrages de langues allemande, italienne ou romanche.
Le Grand Prix suisse de littérature 2026 va à Corinne Desarzens, qui sait si bien nous relier au monde par la saveur des mots, en français et dans les langues dont elle truffe ces récits. Elle a envoyé à La Couleur des jours les textes écrits à son retour d’un séjour à Oman cet hiver et nous avons le plaisir d’en publier des extraits. La cérémonie, qui aura lieu le 15 mai dans le cadre des Journées littéraires de Soleure, distinguera aussi Christian Viredaz, Prix spécial de traduction, passeur depuis l’italien des textes de Giorgio et Giovanni Orelli, Plinio Martini, Alberto Nessi, Aurelio Buletti, Remo Fasani ou encore Fabio Pusterla. Il a aussi traduit des auteurs germanophones comme Franz Hohler. Sept auteur·es reçoivent un Prix suisse de littérature pour une œuvre éditée au cours de l’année écoulée. Ces pages, publiées en partenariat avec l’Office fédéral de la culture, vous permettent de découvrir des extraits inédits en français des ouvrages de langues allemande, italienne ou romanche.
Le carnet du léopard
[58] pages 55-57
La nuit / verse son levain / dans la pâte de mes mots / le matin / je te les sers tout chauds (Souad Labbize)
La Fille de sel
[58] page 59
Je veux retrouver la fenêtre ouverte sur le bleu. C’est dans l’île que j’espère reprendre l’histoire qui murmure en moi. Celle que tu n’as pas su me raconter. Cette histoire, ce n’est pas seulement celle de Slaves du Sud, venus de lointains Orients, pour s’arrêter, comme échoués, au bord de l’Adriatique, et se mêler aux peuples anciens. C’est autre chose que je perçois, sur ce bout de terre rouge et de roche blanche qu’ils appellent Otok. (…)
> La Fille de sel (L’Aire)
> La Fille de sel (L’Aire)
Chronique



